Amma et le seva : Du bénévolat en pratique spirituelle de travail sur soi.

Amma

De l’amour en solution

Pour Amma le bénévolat est à aborder comme un apprentissage d’ordre spirituel, qui le rend unique. Présents à Pontoise lors de son tour d’Europe, deux adeptes et bénévoles français, Mathieu et Dorian nous expliquent l’intérêt de ce « service désintéressé », le « seva » en hindi.

« Notre société n’encourage pas les gens à voir au-delà d’eux-mêmes »

Mathieu pourquoi as-tu choisi de devenir bénévole dans un centre Amma ?

C’est en 2006, en Inde, que j’ai rencontré Amma où elle m’a donné le Dashran. Elle m’a aussi enseigné ce que l’on appelle le « seva ». C’est du bénévolat vu comme une pratique spirituelle de travail sur soi. C’est une offrande que tu fais pour servir les autres sans attendre de reconnaissance. Bien sûr les projets que nous réalisons sont importants, mais c’est surtout comment nous le faisons qui est enrichissant. Car finalement on reçoit beaucoup en rendant des services de façons désintéressés. Cela donne du sens à ceux qui veulent une société où les valeurs de compassions, d’amours et d’entraides soient plus présents. L’état d’esprit avec lequel on effectue l’action est donc pour nous bien plus important que l’action elle-même.

Concrètement, comment fais-tu pour donner de ta personne ?

Je suis maintenant responsable du pôle écologie pour la France et l’Europe. Je suis aussi le coordinateur général du centre officiel d’Amma, appelé la Ferme du Plessis. C’est un ancien corps de ferme fortifié situé à 120km de Paris que des bénévoles rénovent depuis plus de dix ans. Ce lieu compte maintenant environ 70 couchages et les gens y viennent pour des stages, des formations, des retraites spirituelles. Il est l’un des trois ashram d’Amma en France. Un ashram est un centre spirituel.

Quelles sont les activités de ce centre ?

Il y a des activités de méditations, des projets caritatifs, solidaires et écologiques. Nous travaillons aussi avec la jeunesse et sur le patrimoine. Vu qu’il n’y a pas de salarié, on arrive à tourner avec des coûts qui sont extrêmement réduits, et les formations sont en donation libre. Les personnes qui y participent et qui ne peuvent pas donner de leur temps paient 33 € par jour. Si tu es bénévole tu ne payes que pour l’hébergement et les repas, soit 22 € en pension complète.

Est-il possible de fonctionner uniquement sur du bénévolat dans notre société actuelle ?

Il est parfois difficile de mener à terme des projets avec seulement des bénévoles. Nous travaillons souvent en parallèle et nous n’avons pas forcément le temps d’être investi à plein temps. Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi nous travaillons sans être payés et je trouve que c’est important de montrer que c’est possible. Auprès d’Amma il y a une grande diversité de personnes qui viennent de tous les milieux sociaux et ont des origines différentes. Cela nous permet de développer des qualités d’ouverture à l’autre que l’on ne retrouve pas forcément dans la société, ni dans son milieu professionnel. Amma c’est ça qu’elle aime aussi, nous voir travailler en équipe.  Dans la société actuelle la valeur du service est une valeur extrêmement importante qui tend à disparaître.

Peut-on comparer le « seva » à une religion ?

Les centres d’Amma n’enseigne pas de religion. Les gens peuvent y pratiquer leur propre tradition. L’hindouisme est un concept philosophique en rapport avec la vie, et le but de la vie c’est de retrouver ce lien avec ce divin.  C’est aussi dire que le divin est en chacun de nous, et que dieu est partout. On se retrouve ainsi à servir dieu en servant les autres. Amma dit aussi que la spiritualité, c’est l’art d’apprendre à être heureux.

Et toi Dorian, quel projet développes-tu à la Ferme du Plessis ?

On a monté un projet de sanctuaire des abeilles co-financé par l’Union européenne. C’est une ruche pédagogique qui permet aux gens de voir le fonctionnement des abeilles dans leur écosystème. La particularité n’a pas été seulement de construire le sanctuaire, mais d’appliquer une démarche participative pour induire les jeunes dans la conception, la réalisation et le suivi du sanctuaire.

Pourquoi t’es-tu investi dans ce bénévolat ?

Au cours de mes études d’ingénieur en aménagement du territoire et de l’environnement, j’ai eu la sensation de ne pas trouver de sens à ce que j’apprenais. On me demandait de me mettre au service de choses qui ne me correspondaient pas. Notre société n’encourage pas du tout les gens à voir au-delà d’eux-mêmes. Mon expérience de bénévole m’apprend petit à petit à ne pas me mettre continuellement au centre de mes préoccupations. Actuellement tu peux avoir 500 amis sur facebook, mais te sentir quand même parfois un peu seul.… Moi je prends maintenant plaisir à partager les choses et à les faire ensemble, et y voir ainsi toute la richesse humaine.